Dépression

comprendre la dépression et comment expliquer la dépression

 

Aujourd’hui j’ai sorti mon « diary » dans lequel je n’avais pas écrit depuis déjà plus de deux mois. J’ai senti que je serais peut être capable d’expliquer ma dépression, chose rare (ça m’est jamais arrivé). Alors j’ai pris mon cahier et me suis lancée avec l’idée que j’écrivais pour moi et mon mari. Je souhaitais l’aider à mieux comprendre ma dépression vu qu’il n’a pas du tout un tempérament dépressif et ne peut donc pas comprendre. Il est toujours la pour m’aider, il fait du mieux qu’il peut, il est même extraordinaire, il arrive à toujours maintenir ma tête hors de l’eau. Mais je sens que c’est frustrant pour lui, il voudrait faire plus que juste m’empêcher de sombrer, il voudrait me guérir. Cette nouvelle rechute est différente des précédentes, et je pense plus dangereuse. Cette fois, je l’ai gardée pour moi, je n’ai cherché aucun soutien de mon mari, je l’ai assez embêté comme ça. Alors à la base, j’écrivais pour lui. Mais au fur et à mesure que j’écrivais, l’envie de le rendre public me titillait, déjà pour ceux qui vivent une dépression, ça pourrait peut-être les aider eux aussi à expliquer la dépression à leur famille et amis. Et plus j’avançais, plus j’ai voulu me dévoiler, peut être une façon de briser ma coquille. Difficile de se cacher derrière une carapace si tout le monde connait la vérité. Alors voilà, sachez que je n’ai pas tenté d’en faire une œuvre littéraire, je partage avec vous le message brut, comme il est sorti, une « correction » affecterait le message initial…

Aujourd’hui je remonte, ça aura pris du temps mais la c’est la première journée ou je me sens mieux depuis des mois. C’est la première journée que ce petit stress qui planait sur moi semble s’être volatilisé, pour combien de temps, je n’en sais rien, mais je prend avec plaisir ce répit. Il m’est difficile d’expliquer comment je me sens mal, c’est pour ça que je vais le tenter maintenant alors que c’est encore tout frais. J’ai tenté d’arrêter mon traitement d’antidépresseur (oui j’ose enfin écrire les mots au lieu de mettre D). J’ai commencé à diminuer mon traitement il y a quelques mois. Ma raison ou plutôt mon excuse était que le médicamentent est tachycardisant et vu mon rythme cardiaque déjà élevé ça a été la parfaite excuse. De toutes façons, dans ma tête, ça n’allait avoir aucun effet négatif, j’avais une patate d’enfer, je me sentais super, plus du tout fatiguée, une énergie comme j’ai jamais eu, je faisait plein de sport, tout était si simple, léger, des projets plein la tête. Alors je suis passé de 1.8 ml a 1 ml en deux mois, j’ai fait ça tout bien, tout lentement pour me garantir une réussite. Mais voilà, la patate et tout ce qui faisait que je me sentais si bien était en grande partie lié à mon médicament. Le mal s’est infiltré doucement, il a pris son temps et il a repris sa place, cette place qu’il occupe depuis aussi longtemps que je me souvienne. Je m’en rendais pas trop compte de toutes façons, je ne voulais pas le voir, pas croire à cette dépendance physique au traitement. J’ai toujours été forte, fonceuse, pas faible, si je décide de réussir quelque chose, c’est dans la boite. Alors, pour moi c’est pareil avec la dépression ! Mon mari a tenté de me faire voir le changement mais je ne l’écoutais pas. C’est quand Helene, ma copine, a renchéri que j’ai compris. Ils m’ont ouvert les yeux, mais qu’est-ce que j’ai résisté et refusé de les écouter avant de me rendre à l’évidence. La dépression est bel et bien revenue. Voila, c’est dit, je suis dépressive, je fais une dépression, qu’est-ce que je hais ces mots ! C’est un état physique, une merde dans mon cerveau qui ne fonctionne pas correctement. J’aimerais croire que c’est passager, mais ça fait trop longtemps qu’elle est la. (pendant que j’écris, dans ma tête je l’insulte ma dépression, je la traite de plein de gros mots, quelle PxxE celle la, grosse CxxxE, je lui cracherais dessus si je pouvais, des coups de pieds, je lui éclaterais la gueule…). Bon, je reviens un peu sur terre, petit dérapage passager :-) C’est certainement un événement de mon enfance qui l’a déclenchée, du moins a planté la première graine de la maladie, un événement psychologiquement difficile pour une petite, une douleur non traitée, non reconnue. Par la suite, elle a plutôt été nourrie. Mais avec le temps le dommage est devenu physique. Je pense avoir digéré une bonne partie des événements déclencheurs d’il y a 30 ans, et le reste qui s’en suit, j’en ai tellement parlé et reparlé que maintenant ça me gonfle, je sais que le problème n’est plus la. Mais malgré ça, c’est la. La graine a germé et maintenant c’est devenu un problème physique.

Parlons maintenant un peu de ce mal. C’est quoi ? C’est un découragement global, un manque d’envie ou d’intérêt. Un mal être qui se sent rassuré par l’idée d’une mort plutôt proche, l’idée que ça se termine enfin. Je ne dis pas que je considère le suicide, mais plutôt un souhait que la lumière s’éteigne d’elle-même par un événement de la vie. Une recherche de paix / silence intérieur. Ce mal il n’est pas aigu, du moins la plupart du temps. C’est un mal diffus, lourd, sourd. Un peu comme des nuages gris et épais partout, mais sans la pluie. Comme porter un manteau qui pèse 50 kilos, on peut bouger, mais qu’est ce que c’est lourd, tout est un effort. Il touche à tout ; si au moins il s’attaquait à une chose en particulier, je pourrais mieux le comprendre, l’analyser pour ensuite travailler dessus, tenter de le réparer, de le guérir, de me guérir. Mais non, il est partout. Comme un brouillard, il est omniprésent, on sait qu’il est la, on le sent bien, mais impossible de le toucher. Il est sur mon corps, il rentre en respirant, aucun moyen de l’éviter, de se protéger contre lui. Je ne peux pas me cacher du brouillard. Peut-être si je m’enveloppe sous mes draps et couvertures, une couche épaisse et opaque de tissus, un cocon protecteur, une carapace, une coquille ! Mais la, il commence à faire chaud sous cette couche, on respire mal et il faut ouvrir un petit coin des couvertures pour faire rentrer un peu d’air, sinon on étouffe, mais la, il rentre aussi le brouillard.

Ça attaque notre énergie, je suis toujours fatiguée, ça attaque mes envies, ma motivation, j’ai plus envis de rien. Ça attaque mes projets, mes rêves, les désagrège au point qu’ils nous intéressent même plus. Ça attaque ma culpabilité, ça la met à vif. C’est elle qui me donne le coup de mort. Je m’en veux d’être comma ça, de faire chier mon entourage, avec ce mal qui s’explique pas et qu’ils ne comprennent pas. Je me sens coupable de ne pas faire toute les choses que je devrais faire, et surtout que je devrais avoir envie de faire. Je me sens coupable de ne plus faire de sport. Je me sens coupable de ne pas m’amuser avec les choses ou les autres qui s’amusent. Je me sens coupable d’être mal alors que j’ai tout dans ma vie pour être bien : un mari des plus patients et compréhensif qui m’aime à la folie, des amis et une famille avec lesquelles je suis proche, un appartement sympa (pour Paris du moins), assez pour bien manger pour me faire plaisir, alors que d’autres ont vraiment une vie difficile, pauvreté, maltraitance, abandon, misère, violence… Moi, enfant gâté qui a tout, je me sens mal pour rien, je n’ai pas le droit, alors je me sens coupable. Je me sens coupable des années passées à aller mal, ces années perdues, je vieillis, je devrais profiter de ma vie. On dit que la vie est un cadeau et moi je me sens mal de vivre, pour moi la vie n’est pas un cadeau, j’ai juste envie que ça se termine et surtout pas de réincarnation pour moi, qu’est ce que je ne veux JAMAIS revenir ici ! Alors je me sens coupable de ne pas comprendre que c’est un cadeau, de ne pas le sentir comme tel. J’ouvre les yeux le matin, pas envie de me lever, je dors 30 minutes de plus et la je me sens coupable de ne pas m’être levée plus tôt, d’avoir gâché encore des heures, une autre journée, des semaines, des mois, des années. Le soir je me couche enfin, mais il est la, ce maudit mal, je me sens coupable de ne pas avoir fait assez de chose dans la journée. Alors je note dans mon agenda tout ce que je fais, je vois bien que j’ai eu une journée vraiment remplie, je n’ai pas arrêté une minute et malgré ça, je vois plutôt tout ce que je n’ai pas fait, tout ce qui reste à faire, et la culpabilité est toujours la, j’aurais du faire mieux, j’aurais pu faire mieux. Plus vite, un dix minutes ici et la, j’aurais du toujours être capable de faire plus, être plus efficace. C’est comme essayer de remplir un verre avec des cailloux, quand il est plein de cailloux, on peut encore le remplir de sable, et quand il est plein on peut encore le remplir d’eau et la on peut plus en mettre. Et bien non, c’est pas assez, je me sens coupable, je me sens mal. Et cette fatigue, toujours présente, alors je me dit demain, je dors, j’accepte une journée de perdue, c’est quoi une journée à l’échelle d’une vie, comme ça je dors, je reprend de l’énergie, je me remet d’aplomb pour que tout aille mieux après. Moins fatiguée, tout sera plus simple. Mais c’est faux, après cette journée perdue, je suis toujours aussi fatiguée, 12h de sommeil, des siestes, mais rien n’y fait. On peut essayer des milliers de chose, on arrive même par moment à masquer le mal. On pense, voilà, c’est bon, je me sens mieux, tout paraît du coup si facile, si simple. On ne comprend même plus pourquoi hier tout était si compliqué. Ça n’a plus de sens même pour nous. Mais les heures passent, sans savoir comment ou pourquoi, le mal revient, et de nouveau tout paraît compliqué, lourd, on est fatigué, on se sent mal.

Voila, j’ai mal, je ne peux pas vous l’expliquer plus que ça, je n’ai pas de bonnes raisons de me sentir de cette façon, mais j’ai mal quand même.

Alors pourquoi vous dire tout ça, pourquoi se dévoiler autant, surtout sur un aspect aussi peu flatteur, voir honteux. Oui, j’ai honte d’être dépressive, ça me fait chier comme vous ne pouvez pas l’imaginer. OUI, OUI, OUI je fais des efforts, j’essaie des milliers de choses, même les plus farfelus, tout dans le but d’aller mieux et d’évincer ce mal. OUI j’ai envie d’arrêter le traitement, de ne pas en dépendre pour me sentir bien. Ceux qui m’entourent voient toutes mes tentatives, mes efforts en vain.

Guérir d'une dépression espoir de sortir d'une dépression

J’en parle pour que vous puissiez comprendre juste un peu, pour vous faire voir qu’on ne veut pas être comme ça, qu’on ne veut pas prendre ces saletés d’antidépresseurs ; mais sans eux, c’est la merde. OUI j’essaye, je tente, je me force, je me pousse, je fais des efforts… Alors arrêtez, svp, vos milles et un conseils, vos avis, vos « mais fait un effort », vos « mais tu n’as pas de raison… », vos « c’est dans ta tête », vos « qu’est-ce qui t’es arrive de si mal », vos … On se sent déjà assez mal, assez coupable, faible, triste, découragé toute seule, pas besoin d’en remettre des couches. Pour certains, malheureusement pas tous, cette petite pilule change tout et on a envie de vivre. On a une chance inouïe que qu’elle existe et qu’elle marche sur certain d’entre nous. Qu’est-ce qui nous serait arrivée sans elle ?

Voila, c’est écrit, posté, disponible publiquement. Je ne cherche a offenser personne et ne vise personne en particulier, pitié, ne virez pas ça en quelques choses de personnel, ce n’est pas VOUS qui avez mal, mais MOI/NOUS. Je vous donne des billes pour mieux ME/NOUS comprendre, VOUS n’êtes responsable de rien. On a juste besoin que vous soyez la, que vous nous teniez la main quand c’est difficile, sans ME/NOUS juger. C’est pas votre problème, mais bien le MIEN/NOTRE.

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